MALI
Entre quatre murs, la fumée de l’encens s’élève lentement. Elle se mêle aux plis d’un drap, au souffle d’une chambre, aux silences qui habitent les objets. ET pourtant, rien ne demeurent enfermé. Les parfums franchissent les fenêtres. Les étoffes sont suspendues dans les cours communes. Les regards circulent. L’intime déborde toujours.
A travers le Woussoulan, le drap, le balai et son expérience de mère artiste, Kani explore cet espace fragile de rencontres. Entre la vie intérieure et le territoire social, entre son regard et ceux des autres. Chaque objet devient un seuil, un lieu où se négocient le désir et la respectabilité, la protection et l’exposition, le visible et ce qui cherche encore à rester secret.
Dans cette géographie quotidien, les murs se dessinent en lignes fines peinant à contenir le dedans du dehors. Ils organisent une circulation sensible et permanente entre les corps, les normes et les regards.
Cette traversée
est aussi
la sienne
En choisissant de vivre sa maternité hors des chemins attendus, connus, Kani déplace son regard et les frontières de ce que la société autorise à voir, à dire ou à juger. Le drap, parfois élevé au rang de preuve de virginité rappelle combien le corps des femmes demeure un territoire de lecture collective. Ses images racontent alors ces négociations invisibles qui accompagnent chaque existence : ce que l’on préserve, ce que l’on dévoile, ce que l’on accepte de porter.
Les séries à Kani recueillent les déplacements de l’intime, les silences des objets , des gardiens d’une mémoire tissée de résistances et d’une liberté discrète loin des regards conquis.
Kani Sissoki
L'artiste
Kani Sissoko est une jeune photographe intimiste née en 1988 à Bamako. Elle est diplômée de l’institut National des arts à Bamako qui a trouvé son chemin artistique lors d’un stage au Musée national de Bamako. L’image parle, Kani Sissoko use de sa caméra pour faire parler des cœurs souvent meurtris dans l’âme, des femmes qui pleurent dans leurs cœurs, des cœurs qui saignent dans leurs corps, et des corps qui réclament la justice.
Son travail est avant tout guidé par ses expériences de vie et les conditions de la femme dans la société malienne. Les œuvres de Kani (Racine, Affliction, Folie nocturne, Impact, Worotan et Quand les murs parlent, etc.) évoquent les faits des sociétés comme les violences psychologiques et physiques que les femmes subissent entre les murs de la maison familiale. À travers ses créations, elle peind le vécu de ces déchirures et en faisant, brise le silence qui entoure trop souvent les violences conjugales.